CRITIQUE CINÉMATOGRAPHIQUE; Cet été-là, sa vie est devenue érotique

Films

une vraie jeune fille
Réalisé parCatherine Breillat
Drame
Non classé
1h 33m

' A Real Young Girl ', un voyage surréaliste dans la sexualité adolescente écrit et réalisé par Catherine Breillat, est à la fois une suite et un précurseur de ' Romance ', l'exploration déchirante et voluptueuse de Mme Breillat de la vie érotique d'une femme d'âge moyen . Le caractère explicite et non sentimental de ce film a choqué le public aux États-Unis et en France lors de sa sortie il y a deux ans.

Brut, non poli, mais curieusement rêveur, « A Real Young Girl », venant après « Romance », ressemble et sonne comme le produit d'une époque à la fois plus en colère et plus innocente que la nôtre. Ce que c'est : le film a été achevé en 1976 et n'est jamais sorti, apparemment parce qu'il était trop cru pour le grand public et trop étrange pour le marché de la pornographie. Mais les temps, pour le meilleur ou pour le pire, ont façonné une niche pour Alice (Charlotte Alexandra), l'adolescente maussade et curieuse dont le corps et l'âme sont mis à nu par la caméra de Mme Breillat. Le film arrive aujourd'hui au Cinema Village dans le cadre d'une vague de films français graphiques et provocateurs, dont, en plus de ''Romance'', ''Humanité'' de Bruno Dumont et le prochain ''Baise-Moi''.

''A Real Young Girl'' est un hybride étrange. Il a certains des images vaporeuses, artistiques et essoufflées des images d'artploitation soft-core des années 70 comme '' Bilitis '' de David Hamilton (dont Mme Breillat a écrit le scénario). Les amateurs de sensations fortes voyeuristes trouveront beaucoup de caméras peek-a-boo, alors que Mme Breillat soulève la jupe d'Alice pour examiner ses sous-vêtements, que la fille préfère parfois porter autour de ses chevilles. Elle conçoit un engouement à bout de souffle pour Jim (Hiram Keller), un ouvrier boudeur et costaud dans la scierie de son père. Mais le film se concentre également sur des aspects moins confortablement titillants de la sexualité naissante d'Alice.



« Le dégoût me rend lucide », dit-elle en voix off, et elle éprouve à la fois ses désirs et sa désirabilité avec autant de dégoût que de fascination. Le film a une adhérence presque tactile, une obsession pour le papier mouche, les gouttes de cire de bougie, la lotion solaire et divers fluides corporels. Il tente de fusionner le réalisme de Colette avec la crasse visionnaire de Georges Bataille. Un montage typique passe des organes génitaux du père d'Alice à un moment auto-érotique sur la voie ferrée en passant par l'abattage et l'éventration d'un poulet.

''A Real Young Girl'' se perche vertigineusement et somnolent à la frontière entre réalité et fantasme. Ses images et événements sont filtrés à travers la conscience langoureuse d'Alice. Mais le film aussi, assez étrangement, marche sur ce qui semblera, pour le public américain, un terrain moins exotique. C'est l'histoire, après tout, des vacances d'été d'un adolescent qui s'ennuie, une histoire étrangement intime de passage à l'âge adulte. Les parents d'Alice (Rita Maiden et Bruno Balp) sont comme des versions provinciales françaises des grotesques du New Jersey dans un film de Todd Solondz, leur frustration et leur étroitesse d'esprit révélant parfois une humanité caillée.

Il y a aussi une brillante touche de satire, sous la forme d'une série de parodies de chansons à la note parfaite (écrites par Mme Breillat et Mort Shuman), qui capturent la banalité démente de la pop française. Ces numéros, qu'Alice entend à la radio et qu'elle voit dans des émissions télévisées granuleuses, pré-MTV, semblent l'inspirer à des émotions plus fortes que tout ce que ses fantasmes et expériences sexuels les plus extrêmes peuvent produire.

UNE VRAIE JEUNE FILLE


debo de vendredi est mort

Réalisé par Catherine Breillat ; écrit (en français, sous-titré en anglais) par Mme Breillat, d'après son roman ''Le Soupirail'' (''The Air Duct''); directeur de la photographie, Pierre Fattori ; édité par Annie Charrier; musique de Mort Shuman; chef décoratrice, Mme Breillat; produit par Pierre-Richard Muller et André Génovès ; publié par Cinema Village Features. Au Cinema Village, 22 East 12th Street, Greenwich Village. Durée : 92 minutes. Ce film n'est pas noté.

AVEC : Charlotte Alexandra (Alice), Hiram Keller (Jim), Rita Maiden (Mère), Bruno Balp (Père), Shirley Stoler (Commerciante) et Georges Guéret (Martial).